Des personnalités de sensibilités politiques diverses traitant des grands enjeux de notre système de santé : ce n’est pas encore dans les médias, mais c’est aux Rencontres de la FHP que cela s’est passé ! La semaine dernière, lors de notre événement clôturé par la ministre Stéphanie Rist, Xavier Bertrand, Bernard Cazeneuve, David Lisnard, Yannick Neuder, Aurélien Rousseau et Frédéric Valletoux ont présenté leurs grandes priorités de santé en lien avec l’élection présidentielle de 2027.
Si des divergences de vues sont apparues, deux sujets au moins ont fait consensus : l’approche territoriale, avec la volonté de créer les conditions d’une « coopération renforcée » entre secteur public et secteur privé, et d’un système de santé qui doit « marcher sur ses deux jambes ». Avec un impératif : faire de la complémentarité public-privé un principe d’organisation reconnu pour répondre aux besoins des patientes et des patients. Une conviction portée également par Arnaud Robinet, le président de la FHF, pour qui « la richesse de notre santé repose sur le public et le privé » et nécessite de travailler ensemble.
Autre sujet plébiscité, que nous portons depuis longtemps : l’urgence d’une vision de long terme pour notre système de santé, dans le cadre d’une loi pluriannuelle qui donne « des règles stables » et une trajectoire, et conçue comme « une démarche vertueuse » où l’efficience, la pertinence et les résultats sont récompensés.
Ces perspectives réjouissantes se heurtent aujourd’hui à un projet de loi de financement de la sécurité sociale qui reproduit une fois encore les mêmes mécanismes délétères : deux salles, deux ambiances… Les fédérations l’ont exprimé d’une même voix : l’évolution prévue de l’Ondam 2027 ne permet pas aux établissements de santé, qu’ils soient privés ou publics, de faire face à l’accroissement des besoins de santé et à l’alourdissement des charges. Les mêmes causes produisent les mêmes effets, année après année, mais nous arrivons à présent aux limites extrêmes de la fragilisation de la situation économique des établissements de santé.
Nous ne crions pas « au loup » : fin 2026, 46% des cliniques privées étaient en déficit. Les chiffres sont têtus, mais au-delà des chiffres, il y a des missions à accomplir et des soins à assurer. Nous sommes des acteurs responsables et conscients de la situation budgétaire du pays. Nous travaillons avec la ministre de la Santé sur la pertinence et l’efficience. Mais la copie actuelle doit être révisée car, loin de la « stabilité » promise, elle porte dans la vraie vie une baisse des tarifs hospitaliers qui n’est pas soutenable. C’est le message que nous voulons faire entendre à l’exécutif comme aux parlementaires.
Les fédérations hospitalières sont cohérentes dans leurs demandes, car cela fait des années que nous plaidons pour voir loin : loi de programmation en santé, protocole de pluriannualité… Si une telle dynamique avait été activée avec volontarisme, gageons que nous nous serions extraits de cette nasse d’arbitrages conjoncturels pour embrasser des perspectives plus ambitieuses, fondées sur des engagements structurels réciproques. En attendant, nous devons composer avec l’existant et souhaiter que les débats dans l’hémicycle prennent en considération et à sa juste mesure la situation de l’hôpital.
Lamine Gharbi