3 juillet 2025
Édito de Lamine Gharbi (Président de la FHP) – 60 mesures recherchent stratégie de santé
Chaque été, l’Assurance Maladie livre son traditionnel rapport « Charges et Produits » censé éclairer la trajectoire financière de notre système de santé en vue du PLFSS.

Chaque été, l’Assurance Maladie livre son traditionnel rapport « Charges et Produits » censé éclairer la trajectoire financière de notre système de santé en vue du PLFSS. Celui de 2026 ne déroge pas à la règle : 60 propositions, un ton alarmiste et un effort d’économies historique annoncé. Et, une nouvelle fois, l’impression persistante d’une réponse technique à une crise systémique.

Le déficit de notre système de santé est une réalité et les causes structurelles et conjoncturelles de ce déficit connues : vieillissement de la population, augmentation des pathologies chroniques, évolutions démographiques défavorables mais aussi des mesures nouvelles prises non financées. Quant aux acteurs du système de santé, ils sont à bout de souffle.

Mais face à cette réalité, ce rapport « Charges et Produits » empile des recommandations sans les inscrire dans un cadre, celui de la stratégie nationale de santé, qui devrait être notre boussole. Il acte une urgence, répertorie des leviers, mais sans trame commune ni projection mobilisatrice.

Il y a dans cette accumulation de propositions une forme d’agitation qui inquiète. Non pas parce que les sujets abordés seraient inintéressants et non pertinents – prévention, juste soin au juste coût, coordination, réforme de l’affection de longue durée – mais parce qu’aucun de ces thèmes, pourtant structurants, ne s’inscrit dans une dynamique collective assumée. Ces mesures, livrées sans architecture politique lisible, peuvent devenir paradoxalement des accélérateurs de désordre, alors qu’initialement, elles devraient y répondre.

Plusieurs propositions contenues dans ce rapport en sont une illustration. Par exemple, réviser la prise en charge à 100 % de certaines prestations jugées « inefficaces » selon des critères médico-économiques encore flous, pourrait créer des ruptures d’accès aux soins pour des patients précaires, sans véritable gain pour la collectivité. Autre mesure qui nous questionne : le transfert d’une partie des prestations relevant de l’assurance maladie aux patients par l’intermédiaire des assurances maladie complémentaires ouvre une question mais ne saurait sceller une orientation qui appelle un débat sociétal quant au modèle que la Nation se veut. Aussi, indexer dans une rédaction globalisante les situations de rente dans le secteur économique le plus régulé par l’Etat vient inutilement instaurer la défiance quand la confiance dans les acteurs doit être le principe de notre système.

A défaut de cap, ce sont à nouveau les acteurs de terrain – établissements de santé, professionnels, usagers – qui s’épuisent à tenter de relier des signaux contradictoires. À défaut de projet partagé, chaque publication officielle semble faire office de programme de gouvernement, nourrissant des attentes le plus souvent insatisfaites.

Dans ce climat de tension financière, la FHP, les cliniques et les hôpitaux privés adhérents continuent néanmoins d’œuvrer pour le sens premier de sa mission. En lançant la 1ère édition de la Semaine de l’Expérience patient de l’Hospitalisation privée, nous rappelons avec force que la qualité des soins prodigués, la prise en compte du vécu des patients et de leurs proches doivent rester au centre de nos attentions dans une démarche constante d’amélioration du service rendu. De ne pas oublier que derrière les chiffres, il y a des vies. Et que, pour préserver notre système de santé, la première mesure à prendre est celle du sens.

Ce sens, c’est celui d’une stratégie nationale, digne de ce nom. Un projet clair, inscrit dans le temps long, qui ne se contente pas de réagir, mais qui engage. Il y a urgence à retrouver cette ambition. Sinon, les réformes les mieux intentionnées finiront toujours par manquer l’objectif initial : que notre pays conserve le meilleur système de santé, pour tous et partout.

Lamine Gharbi

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