7 mai 2026
Édito de Lamine Gharbi (Président de la FHP) – Cinquante nuances de crise

Hasard du calendrier ? Alors que le Conseil économique, social et environnemental sort son avis sur l’anticipation des crises sanitaires, une mission d’information au Sénat, pour laquelle nous avons été auditionnés mardi, porte actuellement sur la médecine de crise. La situation géopolitique internationale plus que tendue prédispose évidemment nos institutions à se déployer sur ces enjeux majeurs.

L’avis du CESE, rappelant la mobilisation des hôpitaux et cliniques privés pendant le Covid, souligne parmi ses préconisations la nécessité « d’associer pleinement le secteur privé à la préparation et à la gestion des crises, aux exercices de simulation, aux retours d’expérience ». Cette association est jugée « indispensable pour garantir la faisabilité opérationnelle des décisions prises en situation d’urgence ». « Pendant une crise », rajoutent les rapporteurs, « la complémentarité entre le secteur public et le secteur privé hospitalier est une nécessité absolue au service de la population ».

C’est ce message que nous avons également porté auprès des trois rapporteurs du Sénat. Hormis le fait que le niveau général de préparation aux situations sanitaires exceptionnelles de tous ordres doit être renforcé, et que la culture de l’exercice doit être systématisée, de tels événements requièrent la mobilisation de tous. Pourtant, nos adhérents sur le terrain témoignent trop souvent de préparations auxquelles ils ne sont pas spontanément associés, au mépris de leur rôle dans l’offre de soins.

Autre recommandation à laquelle nous souscrivons pleinement : « la systématisation des retours d’expérience » pour lutter contre « le phénomène de désapprentissage des organisations » et ainsi progresser dans la gestion de crise. Quand ils existent, ces retex sont souvent « euphémisés, centrés sur la seule justification des décisions ou la protection des institutions et laissent de côté ce qui a été improvisé, par crainte de l’anecdotique ou du jugement ». Pourtant, et là aussi la pandémie l’a démontré, ce sont ces réponses pragmatiques, souples, nées du terrain et souvent empreintes d’audace – voire d’un peu de transgression, qui sont les plus inspirantes.

Mener un retour d’expérience de la crise du Covid aurait permis à notre pays d’ancrer une culture de santé publique et de prévention mais aussi de consolider des coopérations inclusives de tous. L’avis du CESE est donc très bienvenu car il donne un cap pour la crise à venir, dont on ne sait quand elle adviendra, mais qui adviendra.

Lamine Gharbi

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