L’enjeu de l’articulation et de l’équilibre des deux financeurs du système de santé, assurance maladie obligatoire (AMO) et complémentaires (AMC), fait actuellement l’objet d’une mission gouvernementale chargée d’explorer les pistes d’évolution de leurs périmètres d’intervention respectifs. Alors que le serpent de mer de la « grande Sécu » ressurgit, la Fédération de l’Hospitalisation Privée a été auditionnée par la mission et a porté plusieurs messages socles.
Notre conviction est que la soutenabilité du système de santé ne viendra ni d’une baisse mécanique des dépenses, ni d’ajustements sans vision des paramètres de financement annuels, ni d’un basculement vers un 100% AMO. Elle viendra d’un cap stratégique clair, d’une trajectoire pluriannuelle, d’une logique d’efficience, d’un partenariat rénové entre financeurs, et d’un financement orienté vers la qualité du service rendu au patient.
Le financement ne peut à l’évidence être le point d’entrée du raisonnement : il doit être la déclinaison d’une politique de santé clairement définie, évaluée et pluriannuelle, avec des engagements de santé publique priorisés et la prévention et l’innovation soutenues durablement. Dans un tel cadre, ce sont les missions réalisées qui doivent être valorisées, et non les structures. Nous en sommes loin, car cela suppose un changement de logiciel assez radical et un puissant volontarisme politique !
Nous tenons aussi à affirmer que les assurances complémentaires sont des partenaires stratégiques pour les établissements de santé et qu’il faut préserver ce modèle équilibré à plusieurs financeurs, en réponse à l’objectif principal poursuivi : un accès à des soins de qualité et innovants pour tous et partout.
Dans le même temps, les réflexions engagées sur l’articulation AMO-AMC offrent l’occasion d’imaginer de nouvelles relations de contractualisation sur les soins et les services proposés aux patients. Pour favoriser ce partenariat et travailler ensemble sur l’ambulatoire, le parcours de soin ou encore la prévention, nous appelons de longue date de nos vœux la création d’un espace institutionnel de dialogue entre l’Etat, l’AMO et l’AMC.
Ensemble, nous devons travailler une vision prospective des besoins de demain, avec des objectifs d’évaluation de qualité, de pertinence, d’efficience, de résultats, et fondée sur un principe de contractualisation et de responsabilité partagée. Nous souhaitons que l’approche de la présidentielle permette aussi d’aborder ce débat en refusant les solutions simplistes ou réductrices et en prenant en considération l’ensemble des acteurs du système.
Lamine Gharbi
