30 avril 2026
Édito de Lamine Gharbi (Président de la FHP) – Non, la santé n’est pas une marchandise !

Cette année encore, l’enquête électorale française du Cevipof apporte de précieux enseignements sur les motivations en matière de vote. La « préservation du système de santé » sera un sujet important voire déterminant pour le choix de vote à l’élection présidentielle pour… 95% des Français !  En tête des priorités donc, devant le pouvoir d’achat, un travail mieux rémunérateur et le système éducatif.

Dans le même temps, interpellés sur leur souhait de transformation de la société, 50% des Français considèrent qu’il est nécessaire de « la réformer en profondeur ». Ainsi, la « préservation » du système de santé ne se réfèrerait pas à un quelconque attentisme, mais, au contraire, à une volonté de le rénover largement pour garantir sa pérennité.

Cette transformation en profondeur ne nécessite pas pour autant, pour les personnes interrogées, de basculer vers une radicalité dans notre vie démocratique : 63% des Français considèrent « qu’il y a trop d’idées et de comportements radicaux », et que « cela ne permet pas de faire avancer les choses et d’améliorer la situation du pays ». Intéressant, si l’on considère pourtant que la santé, comme bien d’autres enjeux, ne va pas échapper à de nombreuses outrances pendant la campagne électorale.

Du reste, le ton est donné dans un livre sorti récemment qui se veut un « manifeste pour la démarchandisation ». Son auteur, le député Boris Vallaud, souhaite installer ce concept comme marqueur d’un virage politique à gauche. Certaines réflexions ne manquent pas d’intérêt, sur la dilution d’un certain sens du collectif dans nos sociétés ou sur la diminution des capacités d’attention.

Hélas, la caricature affleure toujours, notamment sur la santé : considérer que les mots « efficacité », « attractivité » ou encore « innovation » sont néfastes parce qu’ils proviennent de la sphère entrepreneuriale ; souligner – à juste titre – les difficultés d’accès aux soins et prôner cependant l’éviction des acteurs de santé privés (35% des activités hospitalières en France) du service public territorial de santé ; entretenir une vision fantasmatique de déconsidération de centaines de milliers d’hommes et de femmes, professionnels de santé, au chevet de millions de patients…

Evoquer une « démarchandisation », c’est déjà considérer que la santé peut être une marchandise. Je suis en profond désaccord avec cette vision. La santé est un bien commun qui nécessite, compte tenu de l’explosion des besoins et des nouveaux défis à relever, la coopération de tous, sans considération de statut public ou privé. Aux urgences, en soins palliatifs, en réanimation… c’est le même haut sens de la qualité et de l’éthique du soin qui prévaut.

Je souhaite donc que dans les semaines et les mois qui viennent, des voix politiques aient le courage de porter, avec force, une vision différente et valorisante de tous ceux qui font le soin, en réponse aux Français qui ne se satisfont pas des caricatures mais demandent une réponse pragmatique et efficace à leurs besoins de santé.

Lamine Gharbi

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