Égalité femmes-hommes dans la santé : le regard de Angélique, art-thérapeute
À l’occasion de la Journée internationale des droits des femmes, la Fédération de l’Hospitalisation Privée poursuit sa série consacrée à l’égalité en santé. Nous donnons la parole à des professionnelles et professionnels de terrain pour croiser les regards sur la mixité des équipes, l’évolution des métiers et l’accès aux responsabilités.
Angélique est art-thérapeute depuis quatorze ans, avec une dominante en arts plastiques et en écriture. Elle exerce au sein de la Clinique d’Yveline, du groupe Ramsay Santé, depuis le début de sa carrière. Son travail consiste à accompagner les patients dans l’expression de leurs émotions et à les aider à retrouver une dynamique personnelle à travers la création artistique.
Une féminisation ancrée dans l’éducation et les représentations
Selon la DREES, près de 90 % des infirmiers et aides-soignants sont des femmes. Lorsque Angélique est arrivée dans son établissement il y a treize ans, les équipes comptaient presque exclusivement des femmes. La situation a légèrement évolué avec l’arrivée de profils masculins, mais la proportion reste très majoritairement féminine.
Pour elle, cette réalité est profondément liée à l’éducation et aux représentations sociales. Le soin est souvent associé à la douceur et à la bienveillance, des qualités que l’on transmet davantage aux filles dès l’enfance. Cette association est tellement ancrée qu’il est parfois difficile d’imaginer un autre modèle.
Elle souligne toutefois que la question ne se limite pas aux clichés. Lorsqu’un homme choisit une profession d’aide-soignant ou d’infirmier, cela peut encore susciter l’étonnement. Certains associent spontanément ces métiers à des tâches dites « ingrates », comme les soins d’hygiène. Pourtant, pour des patients, notamment dans des situations intimes, la présence d’un soignant homme peut être bénéfique.
Image des métiers et reconnaissance
Cette répartition genrée influence l’image des professions de santé. Lorsqu’une femme choisit ces métiers, cela semble souvent « naturel ». Pour un homme, le choix peut être interrogé.
Angélique observe aussi que la confiance du patient joue un rôle important. Elle-même apprécie de consulter des médecins femmes. Elle s’interroge sur la perception des hommes face à ces évolutions. La mixité permet en tout cas d’offrir aux patients la possibilité de se sentir à l’aise dans la relation de soin.
Féminisation du corps médical : un impact organisationnel
En 2025, les femmes sont devenues majoritaires parmi les médecins. Pour Angélique, l’impact le plus visible n’est pas scientifique mais organisationnel.
Elle évoque la question de la parentalité et de la disponibilité psychique. Une grossesse ou un congé maternité entraînent nécessairement une absence temporaire. Au-delà de la présence physique, elle parle aussi de la charge mentale liée aux enfants. Cette réalité concerne toutes les professions de santé.
Elle s’interroge : les hommes vivent-ils cette même disponibilité d’esprit partagée entre vie professionnelle et vie personnelle ? Selon elle, ce n’est pas toujours le cas.
Pour les patients, l’impact reste limité. Les établissements fonctionnent en équipe et assurent la continuité des soins. En revanche, ces évolutions peuvent influencer l’organisation interne, la communication et la conduite de projets collectifs.
Mixité des équipes et management
La mixité femmes-hommes joue aussi un rôle dans le management. Angélique observe que la compréhension des contraintes personnelles ou familiales peut varier selon les profils.
Elle estime que l’écoute et la bienveillance facilitent la parole au sein des équipes. Une proximité de vécu peut parfois rendre les échanges plus fluides, notamment sur les sujets d’organisation personnelle.
Elle souligne toutefois que ces questions relèvent aussi des personnalités. Plus qu’une opposition femmes-hommes, c’est la capacité d’écoute et d’adaptation qui fait la différence.
Accès aux responsabilités : une image positive mais exigeante
Dans son établissement, Angélique a principalement travaillé avec des équipes de direction féminines. Elle constate que l’accès des femmes aux postes à responsabilité est possible et visible dans le secteur du soin.
Ces fonctions impliquent un investissement important et une frontière plus poreuse entre vie professionnelle et vie personnelle. Pourtant, elle ne perçoit pas ces dirigeantes en difficulté. Au contraire, elle y voit une image positive de l’accession des femmes à des postes de gouvernance.
Selon elle, pour accéder et rester à ces fonctions, le soutien et la bienveillance sont essentiels. Créer un environnement professionnel respectueux et équilibré constitue un levier majeur pour favoriser la féminisation durable des postes à responsabilité.
À travers ce témoignage, la FHP rappelle que l’égalité en santé repose autant sur l’évolution des représentations que sur l’organisation concrète des établissements. La mixité des équipes et la prise en compte des réalités de vie participent pleinement à la qualité des soins et à la stabilité des collectifs de travail.


