La vie d’une fédération n’est pas toujours un long fleuve tranquille. A la FHP, nous mettons un point d’honneur à être des acteurs responsables et contributifs, jamais outranciers, tout en portant la fierté des missions de soin accomplies par nos adhérents. Quand des arbitrages nous apparaissent aller à l’encontre de ces missions, nous le disons. Aujourd’hui, c’est l’insuffisance de financement par l’Etat de notre accord salarial, dit « avenant 33 », qui concentre toutes nos préoccupations, et notre incompréhension qu’il ne soit pas soutenu à la hauteur des ambitions sociales qu’il porte pour les 170 000 professionnels du secteur.
En post-Covid, la parole publique s’est résolument emparée, et à juste titre, des enjeux de reconnaissance des soignants : pourtant quand l’occasion est donnée au politique, à travers un soutien (qui ne serait pas parcellaire, mais plein et entier) à notre avenant 33, de manifester concrètement et pleinement cette reconnaissance, il y a un refus d’obstacle. De ce décalage entre le verbe et l’action nait le désenchantement démocratique, mais nous voulons croire que les dés ne sont pas jetés.
Notre vécu actuel révèle que nous ne saurions collectivement faire progresser la santé sans le respect intact de la parole donnée, indissociable de la confiance et de la contractualisation autour d’engagements réciproques.
Plus largement, force est de constater que l’air du temps est davantage à la coercition, et à la « pensée magique » face aux difficultés. Que l’on veuille « éduquer les patients », « poser des ratios » ou « contraindre l’organisation des acteurs sur les territoires » (cf. la PPL dite « Garot »), l’esprit est le même, à rebours des enseignements de la crise sanitaire et de l’alliance confiance-responsabilisation qui avait fait des miracles sur le terrain.
Par ailleurs, une fièvre d’éradication de diverses instances en santé – pêle-mêle, les ARS, la CNS, la HAS, le HCAAM… – s’est emparée de certains de nos élus. « L’éloge de la nuance » n’est clairement pas le mieux partagé en ce moment. Je défends les sphères d’expertise et de dialogue : ces débats réducteurs portent préjudice au vrai enjeu de la simplification en santé, qui précisément n’est pas si… simple et doit s’incarner dans des mesures concrètes, comme celles que la FHP a portées tout récemment.
Dans ce maelstrom, je retiens un moment lumineux : la phrase du journaliste Nicolas Demorand, « je suis un malade mental », qui a fait davantage pour la sensibilisation et la déstigmatisation des troubles mentaux que bien des campagnes institutionnelles, comme Stromae quand il avait parlé de sa dépression. Preuve indéniable que les lignes peuvent bouger lorsque la parole authentique surgit
Lamine Gharbi