C’est un peu passé en-dessous des radars et c’est pourtant extrêmement révélateur d’un monde qui rehiérarchise peu à peu ses priorités. Au soir du second tour des élections municipales, un maire victorieux et surtout un candidat plus que sérieux à la course présidentielle, a amené très vite la santé dans son intervention télévisée. Se faisant l’écho des habitants de sa ville, il a exprimé leurs attentes de solutions « pour que l’accès à un médecin soit plus facile, pour que le vieillissement soit mieux pris en compte, pour que les aidants soient soutenus ». Il est rare que de telles thématiques fassent ainsi irruption lors d’une soirée électorale, à la mesure de l’importance cruciale que les Français leur accordent.
Ce maire nouvellement réélu a ajouté, en parlant de l’hôpital, que faire tourner une structure même quand elle fonctionne bien, c’était « épuisant ». Oui, face à la pénurie de professionnels, aux difficultés financières sans vision budgétaire, à l’augmentation des besoins de soins, les établissements de santé sont en difficulté, même si la passion du service rendu aux patients nous anime et nous soutient jour après jour.
Nous dévoilerons lors d’une prochaine conférence de presse les résultats de la nouvelle étude économique sur notre secteur de l’hospitalisation privée, dont les éléments de vulnérabilité préoccupent au regard de l’importance de notre rôle dans l’offre de soins.
En début d’année, j’avais exprimé le souhait que, prise en tenaille entre plusieurs séquences électorales, 2026 puisse être une année « utile » pour la santé. Entre 2020 et 2026, l’Ondam a augmenté de 69 milliards. Est-ce que notre système de santé se porte mieux, est-ce que les Français sont rassérénés sur leurs soins et la santé de leurs enfants, est-ce que les professionnels de santé ont l’impression d’une meilleure reconnaissance ? A l’évidence, non.
Pourtant, les impulsions indispensables pour transformer notre système de santé, en faveur de la pluriannualité, de l’efficience et de la pertinence, du virage ambulatoire et préventif, de l’évaluation du service rendu aux patients, ne sont pas au rendez-vous malgré le consensus des acteurs de santé autour de ces fondamentaux. En attendant, nous continuons tous à répondre, de bonne grâce, à des dizaines de sollicitations d’auditions et de contributions, les rapports s’empilent sur nos bureaux, mais leurs recommandations restent le plus souvent lettre morte.
Nous comptons sur la séquence présidentielle qui va s’ouvrir, pour porter des messages puisés dans la réalité du vécu des acteurs de santé et des patients. C’est loin d’être toujours le cas, quand l’idéologie l’emporte sur le pragmatisme. Nous présenterons bientôt nos propositions pour le futur quinquennat, avec le souhait que celles-ci puissent venir nourrir largement le débat et servir d’aiguillon pour les politiques de santé ambitieuses et audacieuses de demain.
Lamine Gharbi
