La réussite de la mobilisation de samedi dernier dans les rues de Paris est indéniable : plus de 20 000 participants étaient présents et unis pour demander le respect de leurs conditions d’exercice et de leurs missions. Le mal vient de loin, issu de couches sédimentées d’attaques contre la médecine libérale et la santé privée.
Au-delà, ce mouvement est un symptôme, parmi beaucoup d’autres, d’un système de santé bien malade, qui mérite qu’on vienne à son chevet autrement qu’en lui administrant des potions amères.
La volonté du Parlement de soutenir le monde hospitalier a été dévoyée par des arbitrages tarifaires négatifs. Les hypothèses de construction des tarifs retenues par le ministère de la Santé ont tué dans l’œuf toute marge de manœuvre pour des établissements de santé dont beaucoup sont pourtant financièrement exsangues.
J’ai été attentif à l’écho médiatique du mouvement, dans un contexte d’actualité par ailleurs très dense. La conférence de presse organisée par les médecins libéraux et la FHP samedi matin a été particulièrement suivie, et j’ai répondu à de nombreuses sollicitations d’interviews.
Chacun a compris qu’il se passait quelque chose qui allait bien au-delà du registre des revendications sectorielles : d’ailleurs, des infirmiers libéraux, des organisations syndicales de la fonction publique hospitalière, ont rejoint le long cortège qui, du Panthéon aux Invalides, scandait la nécessité de « prendre soin de ceux qui soignent ». Un autre slogan, « vous pensez chiffres, nous pensons patients » disait aussi samedi le refus d’une approche strictement comptable de la santé.
Dans l’enquête d’Elabe cette semaine, 64% des Français approuvent la mobilisation engagée, en cohérence avec le capital de confiance élevé dont ils créditent les médecins, les professionnels de santé et les établissements dans tous les sondages. Bien sûr, leurs préoccupations vives sur l’accès aux soins peuvent les conduire à nuancer leur soutien, mais celui-ci demeure massif.
Ce qui s’est passé ces derniers jours ne relève donc pas « d’incompréhensions » à lever mais d’une crise plus profonde qui doit être entendue. Je salue les termes du courrier de notre ministre de la Santé Stéphanie Rist, réaffirmant son « attachement » aux établissements de santé privés, « partenaires indispensables du service public ». A présent, dialogue, confiance et surtout actes concrets doivent être de mise, dans un cadre garantissant le soutien de nos missions et la valorisation de nos professionnels de santé.
Lamine Gharbi
