9 octobre 2024
Édito de Lamine Gharbi (Président de la FHP) – La santé au crible des injonctions paradoxales

Malgré les difficultés, malgré les pénuries de professionnels, les acteurs hospitaliers sont pleinement mobilisés pour répondre aux besoins de soins des Français, et les données 2023 et 2024 semblent illustrer cette dynamique. Au regard des défis d’accès aux soins dans notre pays, cette – rare – bonne nouvelle devrait être encouragée par la puissance publique, grâce à un juste financement. Pourtant, au mépris de toute logique, les premières informations filtrant sur le PLFSS traduisent une pénalisation des acteurs de santé, avec une évolution nette de l’Ondam de 0,2%.

La santé est certes érigée en priorité politique. Et pourtant, nous ne pouvons que constater le décalage entre cet affichage et les décisions court-termistes envisagées, parmi lesquelles l’utilisation de l’Ondam pour financer le déficit des caisses de retraite : soit 1,2 milliard sur les 3,3 milliards d’évolution de l’Ondam ! Pourquoi les moyens qui devraient être alloués à la santé des Français sont-ils dévoyés au profit d’autres priorités ? Où sont la cohérence et la charpente dans tout cela ? Un financement négatif de nos budgets n’est pas supportable ni envisageable, d’où la demande portée par toutes les Fédérations hospitalières d’une évolution a minima de 3,1% de l’Ondam établissements de santé.

Autre incohérence, autre injonction paradoxale : alors que le ministère du Travail appelle les branches professionnelles à adopter des politiques salariales ambitieuses, les accords salariaux nécessaires à l’attractivité des métiers de la santé, en pleine situation de pénurie, ne reçoivent pas le financement adéquat. Cette situation menace directement l’accès aux soins dans un contexte qui exige la mobilisation de tous les professionnels et leur engagement en coopération sur les territoires.

En résumé, nous observons un retour à la logique du rabot comptable à court terme. Pourtant, en sus d’une multitude de rapports tous unanimes, les acteurs de l’écosystème de santé sont prêts à s’engager dans une approche pluriannuelle. Les Fédérations hospitalières demandent instamment la signature du Protocole de pluriannualité des ressources, posant des engagements réciproques forts et activant de vrais leviers d’efficience. Nos pistes de travail sur le sujet doivent être prises en considération, non pas balayées d’un revers de main.

Là est peut-être l’ultime paradoxe : manier le rabot, constater que cela ne fait qu’aggraver la situation, et pourtant différer sans cesse les arbitrages qui changeraient vraiment la donne.

Alors que les débat sur le PLFSS commencent en commission à l’Assemblée Nationale le 21 octobre, nous ne voyons rien dans les propositions faites aujourd’hui, qui aille dans la direction d’un meilleur accès aux soins.

Lamine Gharbi

Vous serez peut-etre intéressé aussi par…

Édito de Lamine Gharbi (Président de la FHP) – Des soutiens, de toutes parts

Une étude d’opinion publiée en avril dans le journal La Tribune* s’avère être riche d’enseignements, d’autant plus à l’aune des décisions politiques récentes sur les tarifs des établissements de santé, mettant en péril l’offre de soins. La santé y apparait en effet comme le deuxième sujet de préoccupation des Français, au coude à coude avec le pouvoir d’achat.

lire plus

Édito de Lamine Gharbi (Président de la FHP) – « Shaker » et potion amère

Nous voyons apparaitre dans les médias les mêmes « éléments de langage » pour tenter de justifier la campagne tarifaire 2024 qui a considérablement pénalisé l’hospitalisation privée. S’il a été jugé opportun de faire des « EDL », selon la formule consacrée, c’est bien parce qu’il est complexe de donner une légitimité politique à des décisions fondées sur l’arbitraire bien plus que sur la rationalité.

lire plus

Édito de Lamine Gharbi (Président de la FHP) – Déficit de l’hôpital public, un avis qui alerte

C’est un avis peu amène que vient de rendre public le Comité d’alerte sur l’évolution des dépenses d’assurance maladie. Il prend un sens particulier à l’aune de la mobilisation actuelle des acteurs de l’hospitalisation privée contre le traitement discriminatoire dont ils sont la cible. Le Comité y exprime en effet sa préoccupation majeure quant à l’aggravation du déficit des hôpitaux publics, « un point de fuite de l’Ondam qui s’élargit » en dépit de la hausse des dotations versées.

lire plus
Share This