Il y a ceux qui veulent renverser la table et rêvent de « grand soir » ; et ceux qui préfèrent se mettre à la table du dialogue, et construire en améliorant l’existant. Après quelques effets de manche et des promesses de projets de loi disruptifs, le débat sur l’organisation territoriale de la santé semble s’apaiser. Pour combien de temps ?
Loin d’une velléité de « désagencification » tous azimuts, le rapport sur les Agences régionales de Santé, sorti hier et émanant de la Délégation aux collectivités territoriales du Sénat, appelle à « construire la proximité » en misant sur les points forts des ARS et en palliant leurs faiblesses. Il appelle notamment à renforcer l’échelon départemental pour rapprocher la gouvernance avec les besoins, à réinventer les relations avec les élus et à donner aux ARS un pouvoir de dérogation accru afin de mieux adapter les politiques de santé aux réalités locales.
Autant d’orientations avec lesquelles nous sommes en accord, même si elles passent à côté d’un enjeu majeur : conforter le rôle de régulatrice de toute l’offre de soins des ARS en les libérant de la tutelle de l’hôpital public.
Invité hier matin de notre webinaire « Parole d’élu.e », le député Jean-Carles Grelier est revenu sur ce sujet de l’organisation territoriale, en formulant le vœu qu’une logique de contractualisation accrue unisse les établissements de santé et les ARS : « plus de liberté pour les acteurs de santé et un contrôle a posteriori des missions réalisées ». Aujourd’hui, le ruissellement descendant des injonctions multiples nuit à tout le monde, y compris les administrations déconcentrées elles-mêmes à qui « on complexifie la tâche à l’extrême ».
Dans ce cadre de confiance réinstaurée, « c’est la mission d’intérêt général qui prime, et peu importe le statut de celui qui la porte », a dit Jean-Carles Grelier, ajoutant que la culture de l’évaluation, de l’efficience et de la vision qui caractérise le secteur privé doit venir inspirer le secteur public et au-delà l’ensemble du système de santé. Ces propos sont totalement en cohérence avec ce que la FHP porte.
Ces différentes voix, qui mettent à distance les caricatures, le dogmatisme et la logique de la table rase, pour tenter de retrouver un chemin de bon sens, gagneront à être pleinement entendues dans le débat public.
Lamine Gharbi
