Il existe trois leviers de réussite d’une politique publique : qu’elle soit porteuse d’une vision politique, qu’elle soit incarnée politiquement, et qu’elle soit dûment évaluée. C’est par ces mots que le député Jean-Carles Grelier a ouvert ce matin à l’Assemblée Nationale un grand colloque sur la santé mentale. La ministre Stéphanie Rist, pour qui la santé mentale « est le reflet de notre société », est venue exposer ses récentes annonces.
Pour être largement partagés, les constats n’en sont pas moins alarmants. La dégradation de la santé mentale dans notre pays est une réalité massive, touchant toutes les générations, tous les territoires et toutes les catégories sociales. L’étude prospective à horizon 2030 menée par la FHP-Psychiatrie est édifiante car elle pointe la problématique du sous-diagnostic alors que les troubles dits « du quotidien » – troubles de l’anxiété, troubles de l’humeur… – sont à la hausse et relèvent de prises en charge complexes, présentant de réelles sévérités. Dans ce cadre, la cohérence du parcours de soin des patients est essentielle et l’hospitalisation privée y joue un rôle majeur.
Le décalage entre les intentions et l’action, entre les moyens et les besoins, doit être comblé, notamment en encourageant une meilleure efficience afin de favoriser les soins en réponse aux besoins des populations. La réallocation des financements aujourd’hui attribués à des lits et places de psychiatrie fermés ou inoccupés, autrement dit une politique de « l’euro utile aux soins », pour répondre aux enjeux de santé publique et soutenir les soins, est une nécessité, dans une perspective pluriannuelle.
De nombreux autres enjeux ont été abordés ce matin, dont l’importance de la prévention et du repérage précoce afin d’améliorer les trajectoires de vie, permettant de réduire d’un tiers la chronicité ; ou encore l’attractivité des métiers de la psychiatrie afin d’attirer davantage de professionnels de santé dans cette filière aussi exigeante que passionnante. Un regret toutefois : que l’enjeu de l’innovation – que celle-ci soit organisationnelle (démarches « d’aller-vers ») ou médicale (espoirs créés par les neurosciences par exemple) – n’ait pas été davantage abordé.
Enfin, de nombreux intervenants ont fait référence à l’échéance présidentielle à venir, en souhaitant que psychiatrie et santé mentale soient des enjeux pleinement portés par les candidats dans le cadre de la campagne électorale et bien sûr tout au long du prochain quinquennat. Au-delà d’un enjeu de santé, c’est un enjeu de déconstruction des représentations, d’évolution des regards, et finalement de cohésion de notre société.
Lamine Gharbi
